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Une "volonté forte de retrouver dès que possible les 1er mai joyeux, chamailleurs parfois". E.M.

1er mai, de Fourmies (1891) à Bastia (2020)

C'est le Congrès international ouvrier et socialiste de Paris de juillet 1889 qui décida de faire du 1er mai 1890 une manifestation internationale pour imposer la limitation à huit heures de la journée de travail. Le recours à une telle action et le choix de sa date semblent découler de la rencontre de plusieurs facteurs : d'abord les syndicats américains avaient décidé de reprendre, le 1er mai 1890, la lutte pour les huit heures qui avait été interrompue à la suite des événements sanglants de Chicago en 1886 ; ensuite au congrès international de Londres, en novembre 1888, le délégué belge Anseele avait préconisé des manifestations le premier dimanche de mai 1889, pour montrer la force de la classe ouvrière internationale et un autre délégué proposa « la date du 1er mai 1890 pour une action générale en faveur des huit heures » ; enfin il y eut le succès d'une manifestation simultanée dans plus de 60 villes françaises le 10 février 1889 avec pour objectifs la limitation à huit heures de la journée de travail et fixation d'un salaire minimum.

Le 1er mai 1891, les organisations ouvrières affiliées à la IIème Internationale se préparèrent à agir par différents moyens - dont la grève - pour l’obtention de la jjournée de 8 heures. L'idée de « fêtes du travail » a été lancée par Jules Guesde, les associant aux manifesations et aux revendications sociales. L'ambiguïté de cette "fête du travail", sans reconnaissance oficielle, se traduisuit le 1er mai 1891 par un événement dramatique à Fourmies dans le Nord. La troupe tira sur les grévistes. Les fusils Lebel firent 9 tués et plus de 30 blessés sérieux. Parmi les morts, 4 jeunes gens de moins de 20 ans, dont l'un n'avait même pas 12 ans, un autre 16 ans ; 4 jeunes filles de 17 à 21 ans; l'une d'elle, Maria Blondeau, brandissait contre les soldats une arme redoutable : une branche de mai fleuri dont son fiancé lui avait fait cadeau le matin, selon l'usage. Un seul adulte, âgé de 30 ans et père de deux enfants. Parmi les 33 blessés recensés, on en compte encore 12 de moins de 21 ans, dont un enfant de 2 ans, blessé dans les bras de sa mère. Ces morts sont des martyrs de la cause ouvrière et vont devenir un symbole d'une République "de classe", qui n'a d'autre forme de dialogue social que la répression militaire.

Ce 1er mai sanglant inaugure en France le 1er mai des luttes sociales mais dès l'origine le pouvoir politique a cherché à surveiller et encadrer , puis officialiser cette journée potentiellement dangereuse.  En 1919, suite à la journée de 8 heures accordée par le Parlement, le 1er mai est chômé de façon exceptionnelle. Les manifestations de mai 1919 et mai 1920 furent particulièrement importantes et violentes, avec même une victime en 1919. En effet à Paris, les manifestants continrent à peu près la troupe en lui chantant l'œuvre célèbre de Montéhus sur les soldats du 17e qui mirent crosse en l'air en 1907, mais la police chargea brutalement, faisant des centaines de blessés et tuant un ouvrier de 19 ans, Charles Lorne. C'est à cette jeune victime que Marcel Martinet consacra un poème dans le numéro du 14 mai de la Vie ouvrière :

Journée de mai ! un mort ! Un mort ! qu'est-ce qu'un mort aujourd'hui après la guerre ? — ô petit compagnon, un peuple, un peuple entier, Et des hommes et des femmes qui, par les rues qui montent, Sombres et sombres flots de la journée de mai, Montent dans le sillage des drapeaux rouges en fleurs, Ton peuple te salue, ô petit mort du peuple, Ton peuple réveillé, ton peuple qui va vivre Et sent en lui battre ton sang, premier des morts !

Place de l'opéra le 1er mai 1919!

Le 1er mai 1936 marque durablement l'imaginaire français. En effet, à quelques jours du 2ème tour des élections législatives (le 3 mai) , il contribue sans doute au triomphe de la coalition du Front Populaire, qui ne tarde pas à adopter des mesures historiques pour les ouvriers et à changer la façon même d’envisager le travail : la semaine de 40h, les deux premières semaines de congés payés ou la pleine reconnaissance du droit syndical dans l’entreprise. Le 1er mai devient un "marqueur" de la gauche socialiste et communiste mais il n'est pas encore une fête nationale du travail.


Sous Vichy, la "fête du travail et de la concorde sociale" est mise en place le 1er mai (c'est la saint Philippe!), qui devient chômé (cf Rémi Dalisson, Les fêtes du Maréchal, pages 166-192) et payé par une loi du 12 avril 1941, couplée à la fête du muguet (et interdiction de l'églantine rouge, associée au muguet en 1936-1939), avec une intense propagande de la Révolution Nationale et un discours radiophonique du Maréchal. Jamais la IIIème République n'avait osé faire du 1er mai une fête officielle : Vichy prenait sa revanche sur le Front Populaire, avec l'idée d'un 1er mai sans lutte des classes, inaugurant des "temps nouveaux".


En 1945, à la Libération, le 1er mai ne fut pas férié, le GPRF ayant abrogé la loi de Vichy mais le gouvernement admit qu'elle fût chômée à la demande des organisations ouvrières. Sous la IVème République (à partir de 1947 et la loi du 27 avril) est véritablement instituée une "fête du travail " chômée et payée, "organisée par le partis et les syndicats" (loi du 29 avril 1948) qui perdure jusqu’à nos jours avec la tradition du muguet et des cortèges syndicaux. Toutefois, la tradition des défilés du 1er mai, a été interrompue en 1954 par le gouvernement Laniel, en raison des graves incidents survenus le 14 juillet 1953. En effet, Au moment de la dislocation d’une manifestation en l’honneur de la Révolution Française, la police parisienne a chargé un cortège de manifestants algériens. Sept personnes (6 algériens et un français) ont été tuées et plus de quarante blessés par balles. La manifestation du métro Charonne en février 1962 a elle aussi fait de nombreuses victimes (9 morts, des centaines de blessés) mais elle n'était pas autorisée. Entre 1963 et 1967, les manifestations ouvrières sont dispersées et souvent plus importantes en province que dana la capitale et la presse fait surtout ses gros titres sur le "pont du 1er mai" et la mortalité affolante sur les routes. Les organisations politiques et syndicales (essentiellement le PCF et la CGT, FO et la CFDT ayant prétexté que ce n'était pas "dans leurs coutumes") retrouvent le chemin des grands défilés (autorisés) le 1er mai 1968, en rassemblant entre République et Bastille près de 100 000 personnes, un événement que Le Monde ne manque pas de souligner : "Pour la première fois depuis quatorze ans, la grande centrale syndicale et le P.C. ont renoué avec la tradition des défilés du 1er mai".

Le 1er mai 2020 apparaît singulier puisqu'aucune manifestation publique n'est autorisée en raison du confinement, ce qui ne s'est évidemment jamais produit depuis 1968. Toutefois certaines fédérations syndicales ont décidé au niveau régional de "manifester quand même" (ainsi en Corse à Bastia) !

 

 

LES GRANDE EPIDEMIES AU 20ème SIECLE. GRIPPE ESPAGNOLE ET DE HONG-KONG

 

LE BREXIT

LE BREXIT : UNE HISTOIRE DU SENTIMENT EUROPEEN AU ROYAUME-UNI






Le 11 novembre, retour sur un jour pas comme les autres

 

Le 4 septembre, c'était quoi ?

L'ampleur de la crise internationale de juillet 1870 est lente à pénétrer l'ensemble du territoire français. Si la gravité de la situation est comprise à Paris dès le 5 juillet, certaines campagnes sont surprises par la nouvelle de l'éclatement du conflit le 19. II Y a donc une "émotion" perceptible, liée à l'effet de surprise. De la guerre inattendue, on passe fin juillet à l'idée de la guerre "inévitable" et même "nécessaire". Toutefois, la manière dont les Français ont réagi à l'entrée en guerre est l'un des sujets les plus controversés de l'histoire de cette période - la polémique a commencé pendant la guerre, s'est largement poursuivie après: cette guerre est- elle une guerre de l'Empire, étrangère aux attentes nationales ou au contraire déjà une véritable "guerre nationale", face à un danger majeur? La réponse doit être nuancée. A partir du 7 juillet, les Parisiens - notamment dans les milieux populaires s'affichent majoritairement bellicistes, contrairement aux républicains (en porte-à-faux, ils craignent qu'une victoire impériale ne renforce le régime), aux milieux d'affaire, aux monarchistes et aussi aux (rares) marxistes de la Première Internationale. On entend dans les rues: Vive la guerre! Vive la France! A bas la Prusse, avec des références révolutionnaires (on chante La Marseillaise, à nouveau autorisée par le pouvoir !) La déclaration de guerre est vécue sur le mode émotionnel conmne un retour des guerres de la Révolution. C'est l'an II, c'est la patrie en danger. En province, les réactions sont plus mitigées: refus de la guerre dans une douzaine de départements, patriotisme (non belliqueux) dans une quinzaine, les autres étant résignés à l'inévitable, sans enthousiasme. La paix, mais pas à n'importe quel prix, résume bien l'opinion provinciale.  Dans la deuxième moitié de juillet, la mobilisation massive (450 000 hommes) provoque peur, anxiété et surprise, mais peu de refus et même des "manifestations d'enthousiasme" dans les grandes villes. Cela dit, il y a encore très peu de volontaires (4000). L'Est de la France est particulièrement mobilisé, pour des raisons évidentes. On est à l'apogée du sentiment national au début août, lors du premier engagement (victorieux) à Sarrebruck: la popularité de Napoléon rn atteint son dernier sommet historique. Il n'est pas interdit de parler alors - bien avant 1914 - d'une Union Sacrée. Une grande majorité de Français croit trouver la "vraie revanche" contre 1815, ce n'est alors plus la guerre de l'Empire, mais bien celle d'une nation réconciliée contre un ennemi commun, confiante dans ses moyens et dans la victoire.
Les soldats se sont battus avec acharnement (ainsi que les officiers) et les témoignages d'héroïsme et de bravoure ne manquent pas. La défaite est accueillie dans les rangs par des manifestations de désespoir patriotique. L'anxiété et le désespoir sont tout aussi forts dans la population civile, où l'on ne note aucune indifférence au sort des armées nationales; si les efforts de mobilisation générale en août se heurtent à la résistance des campagnes (notamment d'une mobilisation éventuelle des chargés de famille), les engagements son nombreux en août (36000).  La défaite de Sedan, quelques semaines plus tard est inédite: pour la première fois, la nation est vaincue par un seul adversaire, pas par une coalition, et celui qui endosse la responsabilité de la défaite est... un Bonaparte! "Français, un grand malheur frappe la patrie" dit le texte gouvernemental le 3 septembre. Au matin du 4 septembre, le Palais Bourbon est envahi par une foule de parisiens et de gardes nationaux. Au balcon de l’hôtel de ville de Paris, devant la foule réunie, Léon Gambetta et Jules Favre proclament la République, ce que réitère Jules Simon ce même dimanche Place de la Concorde.


Le 4 septembre 1870 constitue une date-clé (défaite et chute de l'Empire), mais est-elle vraiment celle de l'entrée en république ? Qu'est-ce que la République du 4 septembre ? Elle apparaît comme une sorte de "reprise" de 1848, dans le contexte beaucoup plus dramatique de l'effondrement militaire. Le grand spécialiste de la guerre de 1870, François Roth (Fayard, 1990), revient longuement dans son livre sur les spécificités de la révolution du 4 septembre, qui en fait un événement difficilement comparable, en dépit des ressemblances avec février 1848.

  1. la révolution du 4 septembre est non-violente. Le sang ne coule pas, contrairement à 1848. Il ne coulera qu'au moment de la Commune de 1871, qui n'a guère de point commun avec la révolution du 4 septembre.
  2. Tout comme en 1848, la révolution du 4 septembre se fait sans véritable légitimité populaire et démocratique : tout se passe à Paris et le seul ciment politique est celui -unanime - du rejet d'un régime qui a mené à la catastrophe de Sedan. Il n'y aura pas d'élections avant le 8 février 1871, élections libres si l'on veut, dans la mesure où elles sont imposées par Bismarck.
  3. Le gouvernement provisoire -qui prend le nom de Gouvernement de défense nationale est un gouvernement exclusivement parisien, plutôt modéré, avec à sa tête le général Trochu, gouverneur militaire de Paris, où l'on retrouve de vieilles barbes de 48 (Garnier-Pagès, le fils Arago) et un équilibre précaire entre les modérés (Jules ferry) et les plus à gauche (Rochefort, directeur de la Lanterne, alibi socialiste comme l'étaient Flocon et Albert en 48). Mais comme en 48, la classe politique républicaine se méfie de son extrême-gauche.
  4. Le gouvernement, loin de faire dans la prudence diplomatique comme en 1848 (mais le contexte européen n'a évidemment rien à voir), veut majoritairement continuer la guerre. N'aurait-il pas été sage dès le 4 septembre de demander l'armistice et de négocier un paix honorable, à des conditions avantageuses (la France n'aurait- alors probablement perdu que Strasbourg. Le choix de la guerre à outrance - qui est notamment celui du jeune et brillant avocat républicain Gambetta (déjà célèbre par le programme de Belleville en 1869) - est-il le fruit de l'inexpérience ? Ou le fruit d'un patriotisme exacerbé et intransigeant ? Alors, sur quoi se fondent les espoirs d'un Gambetta ?
  5. Le GDF espère des soutiens diplomatiques et militaires extérieurs, que cela soit en Angleterre, en Autriche, en Russie. Thiers, plutôt favorable lui à une solution négociée, est envoyé en mission dans ces pays pour les convaincre d'aider la France contre la Prusse. Mais Thiers est un piètre négociateur, pas plus d'ailleurs que ne l'est le ministre des affaires étrangères, l'avocat Jules Favre, qui rencontre Bismarck le 21 septembre 1870. A la grande surprise de ce dernier, la France pourtant acculée ne veut pas perdre un pouce de territoire.
  6. Gambetta est probablement le seul à y croire jusqu'au bout et à tenter l'impossible. C'est un homme d'action, de défi, plus que de diplomatie. On connaît le célèbre épisode de son départ en ballon de Paris assiège le 9 octobre vers Tours, où il tente d'organiser avec son ami, le protestant Freycinet, la défense nationale.

Tout cela débouche sur un désastre politique. Après un long et terrible siège, Paris capitule et l'armistice est signé le 28 janvier 1871, Gambetta doit lui aussi s'avouer vaincu tandis que la France connaît l'humiliation des troupes prussiennes défilant dans la capitale. On connaît la suite : élections du 8 février 1871 qui mettent au pouvoir un Parti de l'Ordre renaissant (Thiers) , insurrection de la Commune le 18 mars et répression féroce du gouvernement replié à Versailles (le 21-28 mai), signature d'une paix (le 10 mai ) qui ampute la France de l'Alsace et de la Moselle. C'est le début de la guerre civile européenne : la France va préparer sa revanche, se trouver des alliés pour vaincre l'Allemagne et les Empires centraux en 1914-18, l'Allemagne humiliée à Versailles s'abandonne dans les années 1930 à la dictature hitlérienne, dont l'un des buts est d'écraser les anciens ennemis de 14 et d'assservir toute l'Europe. Sans vouloir verser dans l'histoire téléologique, je reste persuadé que la défaite de Sedan du 2 septembre conditionne en partie toute la marche du monde pour le siècle suivant.

 

 

 

GALERIE DE PORTRAITS ET DE CITATIONS

"Ceux qui contrôlent le présent contrôlent le passé" G.Orwell, 1984

"Toute histoire qui n'est pas contemporaine est suspecte." Pascal, Pensées.

"Quand le passé n'éclaire plus l'avenir, l'esprit marche dans les ténèbres", Alexis de Tocqueville

"Aucun regret pour le passé

Aucun remords pour le présent

Une confiance inébranlable pour l'avenir"

Jean Jaurès

"L'histoire est d'un genre entièrement différent de toutes les autres connaissances", Saint-Simon

"Ce qui fait le lien entre les hommes, c'est l'Histoire." Régis Debray

"En étudiant les livres, on peut tirer de la science du passé des inductions que l'avenir déjoue, et que le présent ne peut pas toujours justifier". George Sand

L'histoire de la race humaine a été une suite de guerres, de massacres, de pillages, de divisions interminables, d'oppositions mutuelles à un état de paix et de bonheur, une longue période dans laquelle chacun a été en lutte avec tous et tous avec chacun, principe de conduite admirablement calculé pour enfanter le moins de prospérité et le plus de misère possible . " Robert Owen 

"Aussitôt après nous commence le monde que nous avons nommé, 

que nous ne cesserons pas de nommer le monde moderne

Le monde qui fait le malin". Charles Péguy


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