LE SITE HISTOIRE EST TOUJOURS EN TRAVAUX EN 2019. MERCI DE VOTRE COMPREHENSION

 


Extraits du discours de Victor Hugo au Congrès des amis de la paix universelle, publié dans le journal « Le Siècle » du 23 août 1849


                            Messieurs,
Beaucoup d’entre vous viennent des points du globe les plus éloignés, le cœur plein d’une pensée religieuse sainte. Vous comptez dans vos rangs des publicistes, des philosophes, des ministres des cultes chrétiens, des écrivains éminents, plusieurs de ces hommes considérables, de ces hommes publics et populaires qui sont les lumières de leur nation. Vous avez voulu dater de Paris les déclarations de cette réunion d’esprits convaincus et graves, qui ne veulent pas seulement le bien du peuple, mais qui veulent le bien de tous les peuples. Vous venez ajouter aux principes qui dirigent aujourd’hui les hommes d’Etat, les gouvernants, les législateurs, un principe supérieur. Vous venez tourner en quelque sorte le dernier et le plus auguste feuillet de l’Evangile, celui qui impose la paix aux enfants du même Dieu, et, dans cette ville qui n’a encore décrété que la fraternité des citoyens, vous venez proclamer la fraternité des hommes. (Applaudissements).
Soyez les bienvenus ! (…)
Messieurs, cette pensée religieuse, la paix universelle, toutes les nations liées entre elles d’un lien commun, l’Evangile pour loi suprême, la médiation substituée à la guerre, cette pensée religieuse est-elle une pensée pratique ? Cette idée sainte est-elle une idée réalisable ? Beaucoup d’esprits positifs, comme on dit aujourd’hui, beaucoup d’hommes politiques vieillis dans le maniement des affaires, répondent Non. Moi, je réponds avec vous, je réponds sans hésiter, je réponds Oui ! (C’est vrai !) et je vais essayer de le prouver tout à l’heure.
Je vais plus loin ; je ne dis pas seulement : c’est un but réalisable, je dis : c’est un but inévitable ; on peut en retarder ou en hâter l’avènement. Voilà tout. (…)
Un jour viendra où l’on verra ces deux groupes immenses, les Etats-Unis d’Amérique, les Etats-Unis d’Europe, placés en face l’un de l’autre, se tendant la main par-dessus les mers. Et, ce jour-là, il ne faudra pas quatre cents ans pour l’amener, car nous vivons dans un temps rapide, nous vivons dans le courant d’événements et d’idées les plus impétueux qui ait encore entraîné l’humanité, et, à l’époque où nous sommes, une année fait parfois l’ouvrage d’un siècle.
Grâce aux chemins de fer, l’Europe bientôt ne sera pas plus grande que ne l’était la France au Moyen Age ! Grâce aux bateaux à vapeur, on traverse aujourd’hui l’Océan plus aisément qu’on ne traversait jadis la Méditerranée ! Avant peu, l’homme parcourra la terre comme les dieux d’Homère parcouraient le ciel, en trois pas. Encore quelques années, et le fil électrique de la concorde entourera le globe et étreindra le monde ! (Longs applaudissements). (…) Messieurs, la paix vient de durer trente-deux ans, et en trente-deux ans la somme monstrueuse de cent vingt-huit milliards a été dépensée pendant la paix pour la guerre !
Ces cent vingt-huit milliards donnés à la guerre, donnez-les à la paix ! Donnez-les au travail, à l’intelligence, à l’industrie, au commerce, à la navigation, à l’agriculture, aux sciences, aux arts, et représentez-vous le résultat. Si, depuis trente-deux ans, cette gigantesque somme de cent vingt-huit milliards avait été dépensée de cette façon, l’Amérique, de son côté, aidant l’Europe, savez-vous ce qui serait arrivé ? La face du monde serait changée ! Les isthmes auraient été coupés, les fleuves creusés, les montagnes percées, les chemins de fer couvriraient les deux continents, la marine marchande du monde aurait centuplé (…) et la misère s’évanouirait ! Et savez-vous ce qui s’évanouirait avec la misère ? Les révolutions. Oui, la face du monde serait changée ! (…)
Voyez, messieurs, dans quel aveuglement la préoccupation de la guerre jette les nations et les gouvernants : si les cent vingt-huit milliards qui ont été donnés par l’Europe depuis trente-deux ans à la guerre, qui n’existait pas, avaient été donnés à la paix, qui existait, disons-le, et disons-le bien haut, on n’aurait rien vu en Europe de ce qu’on y voit en ce moment ; le continent, au lieu d’être un champ de bataille, serait un atelier, et au lieu de ce spectacle douloureux et terrible, le Piémont abattu, Rome, la ville éternelle, livrée aux oscillations de la politique humaine. Venise qui se débat héroïquement, la noble Hongrie qui se soulève, la France inquiète, appauvrie et sombre ; la misère, le deuil, la guerre civile, l’obscurité sur l’avenir ; au lieu de ce spectacle sinistre, nous aurions sous les yeux l’espérance, la joie, la bienveillance, l’effort de tous vers le bien-être commun, et nous verrions partout se dégager de la civilisation en travail le majestueux rayonnement de la concorde universelle. (Bravos.)
Chose digne de méditation ! Ce sont nos précautions contre la guerre qui ont amené les révolutions ! On a tout fait, on a tout dépensé contre le péril imaginaire ! On a aggravé ainsi la misère qui était le péril réel ! On s’est fortifié contre un danger chimérique ; on a tourné ses regards du côté où n’était pas le point noir ; on a vu les guerres qui ne venaient pas, et l’on n’a pas vu les révolutions qui arrivaient ! (C’est vrai !)
Messieurs, ne désespérons pas pourtant. Au contraire, espérons plus que jamais ! Ne nous laissons pas effrayer par des commotions momentanées, secousses nécessaires peut-être des grands enfantements. Ne soyons pas injustes pour le temps où nous vivons, ne voyons pas notre époque autrement qu’elle n’est. C’est une prodigieuse et admirable époque après tout, et le dix-neuvième siècle sera, disons-le hautement, la plus grande page de l’histoire. Comme je vous le rappelais tout à l’heure, tous les progrès s’y révèlent et s’y manifestent à la fois, les uns amenant les autres : chute des animosités internationales, effacements des frontières sur la carte et des préjugés dans les cœurs, tendance à l’unité, adoucissement des mœurs, élévation du niveau de l’enseignement et abaissement du niveau des pénalités, domination des langues, les plus littéraires, c’est-à-dire les plus humaines, tout se meut en même temps, économie politique, science, industrie, philosophie, législation, et converge au même but, la création du bien-être et de la bienveillance, c’est-à-dire, et c’est là pour ma part le but auquel je tendrai toujours, extinction de la misère au dedans, extinction de la guerre au dehors. (Bravos.)
Désormais, le but de la politique grande, de la politique vraie, le voici : faire reconnaître toutes les nationalités, restaurer l’unité historique des peuples, et rallier cette unité à la civilisation par la paix ; élargir sans cesse le groupe civilisé, donner le bon exemple aux peuples encore barbares, substituer les arbitrages aux batailles, enfin, et ceci résume tout, faire prononcer par la justice le dernier mot que l’ancien monde faisait prononcer par la force.
Messieurs, je le dis en terminant, et que cette pensée nous encourage, ce n’est pas aujourd’hui que le genre humain est en marche dans cette voie providentielle. Dans notre vieille Europe, l’Angleterre a fait le premier pas, et par son exemple séculaire elle a dit aux peuples : vous êtes libres. La France a fait le second pas, et elle a dit aux peuples : vous êtes souverains.
Maintenant, faisons le troisième pas, et tous ensemble, France, Angleterre, Belgique, Allemagne, Italie, Europe, Amérique, disons aux peuples : Vous êtes frères ! (Approbation dans toute la salle. Tous les Anglais se lèvent debout sur les banquettes et crient quatre fois hurrah ! en agitant leurs mouchoirs. Ce discours est suivi d’une longue émotion.)

Winston Churchill

discours de Zurich, le 19 septembre 1946

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,
J'ai l'honneur aujourd'hui d'être reçu par votre vénérable université et je voudrais vous parler de la tragédie de l'Europe. Ce continent magnifique, qui comprend les parties les plus belles et les plus civilisées de la terre, qui a un climat tempéré et agréable et qui est la patrie de tous les grands peuples apparentés du monde occidental. L'Europe est aussi le berceau du christianisme et de la morale chrétienne. Elle est à l'origine de la plus grande partie de la culture, des arts, de la philosophie et de la science du passé et du présent. Si l'Europe pouvait s'unir pour jouir de cet héritage commun, il n'y aurait pas de limite à son bonheur, à sa prospérité, à sa gloire, dont jouiraient ses 300 ou 400 millions d'habitants. En revanche, c'est aussi d'Europe qu'est partie cette série de guerres nationalistes épouvantables déclenchées par les Teutons dans leur course à la puissance et que nous avons vus au XXe siècle. La paix a été ainsi troublée et les espérances de l'humanité entière réduites à néant.

Et qu'est-il advenu dans tout cela de l'Europe ? Quelques petits États ont atteint une certaine prospérité, mais de vastes régions de l'Europe offrent l'aspect d'une masse d'êtres humains torturés, affamés, sanglotants et malheureux, qui vivent dans les ruines de leurs villes et de leurs maisons et voient se former un nouvel amoncellement de nuages, de tyrannie et de terreur qui obscurcissent le ciel à l'approche de nouveaux dangers. Parmi les vainqueurs, c'est un brouhaha de voix ; chez les vaincus : silence et désespoir. Voilà tout ce que les Européens rassemblée en d'anciens États et nations, voilà ce que la race allemande a atteint en allant répandre au loin la terreur. La grande république au-delà de l'Atlantique a compris avec le temps que la ruine ou l'esclavage de l'Europe mettrait en jeu son propre destin et elle a alors avancé une main secourable faute de quoi les âges sombres seraient revenus avec toutes leurs horreurs. Ces horreurs, Messieurs, peuvent encore se répéter.

Mais il y a un remède ; s'il était accepté par la grande majorité de la population de plusieurs États, comme par miracle toute la scène serait transformée, et en quelques années l'Europe, ou pour le moins la majeure partie du continent, vivrait aussi libre et heureuse que les Suisses le sont aujourd'hui. En quoi consiste ce remède souverain ? Il consiste à reconstituer la famille européenne,  ou tout au moins la plus grande partie possible de la famille européenne,  puis de dresser un cadre de telle manière qu'elle puisse se développer dans la paix, la sécurité et la liberté. Nous devons ériger quelque chose comme les États-Unis d’Europe. C'est la voie pour que des centaines de millions d'êtres humains aient la possibilité de s'accorder ces petites joies et ces espoirs qui font que la vie vaut la peine d'être vécue. On peut y arriver d'une manière fort simple. Il suffit de la résolution des centaines de millions d'hommes et de femmes de faire le bien au lieu du mal, pour récolter alors la bénédiction au lieu de la malédiction.

Mesdames, Messieurs, l'Union paneuropéenne a fait beaucoup pour arriver à ce but et ce mouvement doit beaucoup au comte Coudenhove-Kalergi et à ce grand patriote et homme d'État français que fut Aristide Briand. Il y a eu aussi cet immense corps de doctrine et de procédure, qui fut créé après la première guerre et à laquelle s'attachèrent tant d'espoirs, je veux parler de la Société des Nations. Si la Société des Nations n'a pas connu le succès, ce n'est pas parce que ses principes firent défaut, mais bien du fait que les États qui l'avaient fondée ont renoncé à ces principes. Elle a échoué parce que les gouvernements d'alors n'osèrent pas regarder les choses en face. Il ne faut pas que ce malheur se répète. Nous avons maintenant davantage d'expérience, acquise à un prix amer, pour continuer de bâtir.

C'est avec une profonde satisfaction que j'ai lu dans la presse, il y a deux jours, que mon ami le président Truman avait fait part de son intérêt et de sa sympathie pour ce plan grandiose. Il n'y a aucune raison pour que l'organisation de l'Europe entre en conflit d'une manière quelconque avec l'Organisation mondiale des Nations unies. Au contraire, je crois que l'organisation générale ne peut subsister que si elle s'appuie sur des groupements naturellement forgés. Il existe déjà un tel groupement d'États dans l'hémisphère occidental. Nous autres Britanniques, nous avons le Commonwealth. L'organisation du monde ne s'en trouve pas affaiblie, mais au contraire renforcée et elle y trouve en réalité ses maîtres piliers. Et pourquoi n'y aurait-il pas un groupement européen qui donnerait à des peuples éloignés l'un de l'autre le sentiment d'un patriotisme plus large et d'une sorte de nationalité commune ? Et pourquoi un groupement européen ne devrait-il pas occuper la place qui lui revient au milieu des autres grands groupements et contribuer à diriger la barque de l'humanité ? Afin de pouvoir atteindre ce but, il faut que les millions de familles collaborent sciemment et soient animées de la foi nécessaire, quelle que puisse être la langue de leurs pères.

Nous savons tous que les deux guerres mondiales que nous avons vécues sont nées des efforts vaniteux de l'Allemagne nouvellement unie de jouer un rôle dominateur dans le monde. La dernière guerre a été marquée par des crimes et des massacres tels qu'il faut remonter jusqu'à l'invasion des Mongols, au XIVe siècle, pour trouver quelque chose d'approchant, et tels aussi que l'histoire de l'humanité n'en avait encore jamais connu jusqu'alors. Le coupable doit être châtié. Il faut mettre l'Allemagne dans l'impossibilité de s'armer à nouveau et de déclencher une nouvelle guerre d'agression. Quand cela sera chose faite, et cela le sera,  il faudra que se produise ce que Gladstone nommait jadis « l'acte béni de l'oubli ». Nous devons tous tourner le dos aux horreurs du passé et porter nos regards vers l'avenir. Nous ne pouvons pas continuer de porter dans les années à venir la haine et le désir de vengeance tels qu'ils sont nés des injustices passées. Si l'on veut préserver l'Europe d'une misère sans nom, il faut faire place à la foi en la famille européenne et oublier toutes les folies et tous les crimes du passé. Les peuples libres de l'Europe pourront-ils se hisser au niveau de cette décision ? S'ils en sont capables, les injustices causées seront partout lavées par la somme de misères endurées. L'agonie doit-elle se prolonger ? La seule leçon de l'histoire est-elle que l'humanité est fermée à tout enseignement ? Faisons place à la justice et à la liberté. Les peuples n'ont qu'à le vouloir pour que leurs espoirs se réalisent.

J'en viens maintenant à une déclaration qui va vous étonner. Le premier pas vers une nouvelle formation de la famille européenne doit consister à faire de la France et de l'Allemagne des partenaires. Seul, ce moyen peut permettre à la France de reprendre la conduite de l'Europe. On ne peut pas s'imaginer une renaissance de l'Europe sans une France intellectuellement grande et sans une Allemagne intellectuellement grande. Si l'on veut mener à bien sincèrement l'œuvre de construction des États-Unis d'Europe, leur structure devra être conçue de telle sorte que la puissance matérielle de chaque État sera sans importance. Les petits pays compteront autant que les grands et s'assureront le respect par leur contribution à la cause commune. Il se peut que les anciens États et les principautés de l'Allemagne, réunis dans un système fédératif avec leur accord réciproque, viennent occuper leur place au sein des États-Unis d'Europe. Je ne veux pas essayer d'élaborer dans le détail un programme pour les centaines de millions d'êtres humains qui veulent vivre heureux et libres, à l'abri du besoin et du danger, qui désirent jouir des quatre libertés dont parlait le grand président Roosevelt et qui demandent à vivre conformément aux principes de la Charte de l'Atlantique. Si tel est leur désir, ils n'ont qu'à le dire et l'on trouvera certainement les moyens d'exaucer pleinement ce voeu.

Mais j'aimerais lancer un avertissement. Nous n'avons pas beaucoup de temps devant nous. Nous vivons aujourd'hui un moment de répit. Les canons ont cessé de cracher la mitraille et le combat a pris fin, mais les dangers n'ont pas disparu. Si nous voulons créer les États-Unis d'Europe, ou quelque nom qu'on leur donne, il nous faut commencer maintenant.

En ces jours présents, nous vivons curieusement sous le signe, on pourrait dire sous la protection, de la bombe atomique. La bombe atomique est toujours aux mains d'un État et d'une nation dont nous savons qu'ils ne l'utiliseront jamais autrement que pour la cause du droit et de la liberté. Mais il se peut aussi que d'ici quelques années, cette énorme puissance de destruction soit largement connue et répandue, et alors la catastrophe engendrée par l'emploi de la bombe atomique par des peuples en guerre, signifierait non seulement la fin de tout ce que nous nous représentons sous le mot de civilisation, mais aussi peut-être la dislocation de notre globe.

Je veux maintenant formuler ces propositions devant vous. Il faut que notre but permanent soit d'accroître et de renforcer la puissance de l'Organisation des nations unies. Il nous faut re-créer la famille européenne en la dotant d'une structure régionale placée sous cette organisation mondiale, et cette famille pourra alors s'appeler les États-Unis d'Europe. Le premier pas pratique dans cette voie prendra la forme d'un Conseil de l'Europe. Si, au début, tous les États européens ne veulent ou ne peuvent pas adhérer à l'Union européenne, nous devrons néanmoins réunir les pays qui le désirent et le peuvent. Le salut de l'homme quelconque de toute race et de tout pays, ainsi que sa préservation de la guerre ou de l'esclavage, ont besoin de fondements solides et de la volonté de tous les hommes et de toutes les femmes de mourir plutôt que de se soumettre à la tyrannie. En vue de cette tâche impérieuse, la France et l'Allemagne doivent se réconcilier ; la Grande-Bretagne, le Commonwealth des nations britanniques, la puissante Amérique, et, je l'espère, la Russie soviétique - car  tout serait alors résolu - doivent être les amis et les protecteurs de la nouvelle Europe et défendre son droit à la vie et à la prospérité.

Et c'est dans cet esprit que je vous dis :
En avant, l'Europe !


Une autre époque (Margaret Thatcher en 1975) !

 

De la démocratie "directe"...

La période actuelle interpelle...

La période actuelle interpelle bien entendu l’historien, qui connaît un peu ses classiques - des émeutes et des jacqueries de l’époque médiévale aux pavés de mai-68 - mais qui est aujourd'hui confronté au phénomène des « gilets jaunes ». Une couleur déjà très inédite en politique, contrairement au blanc, au bleu, au rouge et au noir : Michel Pastoureau a du pain sur la planche! Le jaune fluorescent n'est d'ailleurs pas la seule forme nouvelle d'un mouvement protéiforme, lequel fédère sur des ronds-points (tout un symbole périurbain, qui fait de la France le champion du monde avec 30 000 giratoires !) une coalition de mécontents, qu'on ne peut réduire à un quelconque poujadisme/populisme ou à une nouvelle forme de nationalisme (le mouvement rassemble certes une fraction de l'électorat RN mais agrège aussi des sensibilités d'extrême-gauche) et encore moins à des factieux ou des casseurs, très minoritaires et opportunistes. Alors quoi ? N'est-ce pas l'anarchiste Proudhon qui disait sans détour : « L’État, par l’impôt proportionnel, se fait chef de bande. (...) C’est lui qu’il faut traîner sur le banc des cours d’assises. » D.Cohn-Bendit - qui ferait bien de lire les inscriptions et grafittis laissés par les "gilets jaune" - schématise à sa façon le mouvement : « En 1968, on se battait contre un général au pouvoir. Les “gilets jaunes”, aujourd’hui, demandent un général [de Villier] au pouvoir ». Par "on" , il faut entendre des étudiants majoritairement issus de milieux aisés.

La réalité politique et sociale du moment est celle d'une profonde colère populaire contre les taxes, les injustices fiscales et territoriales, le mépris (supposé) d'un pouvoir exécutif coupé du quotidien et des classes moyennes/populaires, le déclassement social et la baisse du pouvoir d'achat. Des logiques contradictoires sont à l'oeuvre, entre le constat d'un abandon des services publics et le souhait de payer moins d'impôts et de taxes, entre l'urgence écologique et les sollicitations impérieuses de la consommation de masse, entre l'individualisme des comportements et la recherche d'un souffle collectif. Et comme souvent en France, le fossé se creuse entre Paris et la province, entre les grandes villes et les territoires ruraux, même si les réalités sont bien plus complexes. Bien des centres-villes en France sont pauvres et délaissés, tandis que certains territoires ruraux ou périurbains abritent une richesse insoupçonnée. Le peuple, qu’on a si volontiers dans l’histoire méprisé, sous-estimé, dévalorisé en « vile multitude », en « populace » ou en « classes dangereuses » ne s’est jamais durablement endormi dans notre pays. Les hommes politiques semblent un peu loin des réalités mais ils savent par expérience que tout peut rapidement dégénérer. La crise sociale, comme tant d'autres, va probablement se résorber par des concessions et des compromis du pouvoir mais le mal est profond et s'inscrit dans une durée historique longue. Curieusement, les médias invitent beaucoup les historiens (et les géographes) à s'exprimer, à donner leur sentiment. On a pu lire ainsi dans la presse des analyses assez fouillées de Pierre Rosanvallon, de Quentin Deluermoz, de Pierre Vermeren. Celle de Pierre Vermeren dans Le Figaro du 19/12 retient l'attention avec l'idée que les ronds points sont le symbole de la "France moche" et l'emblème du "malaise français" et des nouvelles fractures sociales et territoriales.

Michel Winock considérait dans La France politique qu’il y a  plus généralement un "cas français" : la crise serait en France un mode de fonctionnement normal, avec une tendance chronique à l'instabilité politique. La longévité de quelques républiques (la IIIème et la Vème) ne contredit pas vraiment ce constat.  C'est même une sorte de culture de "guerre civile" qui s'est enrichie de nombreux épisodes de révoltes, de rébellions et de révolutions. Quant à l’instabilité sociale, elle est bien antérieure à la Révolution française. Qu’on lise pour s’en convaincre Jean Nicolas, La rébellion française: Mouvements populaires et conscience sociale (1661-1789). L'historien y analyse la violence populaire dans ses dimensions libératrices, tout à la fois passéistes et novatrices. C’est d'abord la mobilisation pour le quotidien, pour la survie alimentaire, très souvent dirigée contre la fiscalité royale et seigneuriale, mais qui s'appuie sur d'autres enjeux moins immédiats, autour de certitudes et d'espérances et tout ce que recouvrent les mots dignité, liberté pour l'individu porté par le groupe, pour la collectivité réduite ou élargie. On a donné toutes sortes d'explications à cette tendance rebelle. Cela commence peut-être avec le César de la Guerre des Gaules, qui défend l’idée d’une sorte d'atavisme celtique de la division, une "gallicité" que Bismarck opposait très sérieusement au 19ème siècle à la discipline de la germanité. Et Renan en 1870 ne dit pas autre chose pour expliquer le traumatisme de 1870. Quant à Tocqueville il s’en désole franchement (en 1848), lui qui est à la recherche du "gouvernement définitif" post-révolutionnaire, comme aux Etats-Unis : « et voici la Révolution française qui recommence, car c’est toujours la même. A mesure que nous allons, son terme s’éloigne et s’obscurcit. Arriverons-nous, comme nous l’assurent d’autres prophètes, peut-être aussi vains que leurs devanciers, à une transformation sociale plus complète et plus profonde que ne l’avaient prévue et voulue nos pères, et que nous ne pouvons la prévoir nous-mêmes; ou ne devons-nous aboutir simplement qu’à cette anarchie intermittente, chronique et incurable maladie bien connue des vieux peuples? Quant à moi, je ne puis le dire, j’ignore quand finira ce long voyage; je suis fatigué de prendre successivement pour le rivage des vapeurs trompeuses, et je me demande souvent ai cette terre ferme que nous cherchons depuis si longtemps existe en effet, ou si notre destinée n’est pas plutôt de battre éternellement la mer ». "Battre la mer", jolie métaphore de la culture politique française à la recherche de l'horizon indépassable de d'égalité, de la liberté et de la fraternité. Ce qui ne va pas sans clapotis ni quelques chavirages, ne soyons pas trop naïfs ou utopiques. Et au coeur de ces grands principes issus des Droits de l’Homme et du citoyen, il y a la question centrale de la légitimité du pouvoir, lequel pouvoir est censé représenter le peuple, dans le cadre (consensuel?) d’une démocratie parlementaire. Comme le montre bien Pierre Rosanvallon (Le parlement des invisibles), la légitimité devient aussi de nature morale : on juge la qualité de l'action, la fidélité aux promesses et l'onction électorale est devenue en grande partie une fiction (y compris d'ailleurs sur le plan statistique si l'on se réfère aux dernières élections présidentielles!). Il faut d'urgence penser, dit Rosanvallon, à de nouvelles formes de représentations dans un "nouvel âge du social et de la représentation démocratique". Quentin Deluermoz parle du symtôme "d'épuisement démocatique". Alors que faire ? Un nouveau pacte républicain ? Une nouvelle constitution ? Ou un n-ième replâtrage ?

Et pour finir cette chronique, revenons à 1848, cette révolution trop oubliée des manuels d'histoire.

Le 25 février 1848, les délibérations du Gouvernement provisoire (curieuse forme d’exécutif provisoire « en révolution »  à 11 têtes, dominé sans l’être vraiment par le poète Lamartine et présidé par un vieux notable républicain, Dupont de l'Eure) se voient sans cesse interrompues par l’arrivée de délégations populaires désireuses de témoigner leur soutien au nouveau régime, d’obtenir la reconnaissance de leurs exploits dans les récents combats de rue ou encore d’inciter les nouveaux législateurs du pays à adopter telle ou telle mesure. Cet exécutif révolutionnaire a une faible légitimité car ce sont seulement des personnalités acclamées à l’hôtel de Ville de Paris et non élues. Et quand bien même elles seraient élues, le peuple veut des résultats concrets, et fissa. La pression de la rue et des citoyens (et non plus sujets) est donc constante et concerne tous les sujets, des plus universels aux plus triviaux : la peine de mort, l’abolition de l’esclavage mais aussi le droit au travail et les difficultés de la vie quotidienne, très précaire en raison de la crise économique qui sévit depuis 1846.

Garnier-Pagès, le maire de Paris au début de la révolution de février, a dressé le portrait saisissant d'un obscur ouvrier ménanicien, à l’origine de la plus remarquable de ces interventions,  dans son Histoire de la Révolution de 48. L’ouvrier Marche, c'est son nom, énonce ainsi les principales revendications ouvrières dont il se dit le porte-parole : «L’organisation du travail, le droit au travail garanti et le minimum assuré pour l’ouvrier et sa famille en cas de maladie».

« … M. Marche, homme vigoureux, ouvrier, s’autorisant d’une prétendue délégation et servi par sa force physique, parvient à s’ouvrir un chemin. Il se présente seul devant le Gouvernement provisoire. Excité par le tumulte, par les efforts qu’il vient de faire, par sa démarche même, l’œil en feu, la voix haute, frappant le parquet de la crosse de son fusil, il remet une pétition et il s’écrie : “Citoyens, l’organisation du travail, le droit au travail dans une heure ! Telle est la volonté du peuple. Il attend!”… »

Comme le soulignent Maurizio Gribaudi et Michèle Riot-Sarcey, les auteurs de "1848, la Révolution oubliée" (La Découverte, 2008) "Plus de trente ans d’expérience ouvrière sont concentrés dans ce moment historique de confrontation. Le premier résultat des combats de février est d’avoir sorti le mouvement ouvrier de la zone d’ombre dans laquelle il avait été jusqu’alors relégué, l’imposant au centre des débats". Les membres du Gouvernement provisoire expliquent à Marche qu’il est impossible d’apporter dans l’instant une réponse satisfaisante à une question aussi complexe. Marche paraissant insensible à leurs arguments, on lui demande s’il serait capable d’écrire ou de dicter les termes d’un décret convenable. Pris de court, l’ouvrier est sauvé par le socialiste Louis Blanc, qui l’emmène à l’écart afin de rédiger un véritable projet. Si la version initiale, où l’on retrouve les concepts et la terminologie chers à Louis Blanc, est vivement contestée par ses collègues modérés, la version finale engage bel et bien le gouvernement à « garantir l’existence de l’ouvrier par le travail ». Ainsi, à lui seul, un ouvrier presque anonyme a pu contraindre le tout nouveau gouvernement à s’engager en faveur d’une forme de république « démocratique et sociale », avec des conséquences à court terme telles que la création des Ateliers nationaux, dont la dissolution donnera lieu à l’insurrection de juin.

De fait les acteurs de cette forme de démocratie directe font pression sur l’exécutif provisoire et d’une certaine façon abolissent toute forme de séparation des pouvoirs : ils sont à la fois le peuple assemblé et le peuple qui impose ses décrets. Le tension devient impossible pour l’exécutif après les élections à la Constituante d’avril 1848 car il y a deux formes de légitimité : celle issue du vote (une assemblée conservatrice qui ne veut pas trop bousculer les équilibres sociaux) et celle issue de l’action révolutionnaire (un peuple démocrate et socialiste en attente de réformes profondes).

On assiste alors à une forme de suspension des pouvoirs qui intervient dramatiquement le 24 juin.
La commission exécutive de 5 membres inaugure en le 17 mai 1848 une collégialité qui resserre l’exécutif mais ne lui donne pas plus de légitimité dans la rue.  Du 24 au 27 juin, le général Cavaignac, un polytechnicien républicain, qui a déjà fait 1830 puis a contribué à coloniser l’Algérie dans les années 1830/40, devient une sorte de dictateur provisoire de la République, sous le titre rassurant de président du conseil des ministres, jusqu’à l’élection présidentielle (à laquelle il se présente d’ailleurs). Il écrase dans le sang la révolte ouvrière parisienne du 24 et 25 juin, suite à la fermeture des ateliers nationaux. Pas de quartier : les troupes de la garde nationale tirent sur le peuple barricadé. Le 26 juin, Hugo écrit à Juliettte Drouet : "J'ai usé mon mandat depuis trois jours pour concilier des cœurs et arrêter l' effusion de sang. J'ai un peu réussi. Je suis exténué de fatigue. [...] Enfin cette affreuse guerre de frères à frères est finie! Je suis quant à moi sain et sauf, mais que de désastres! Jamais je n'oublierai ce que j'ai vu de terrible depuis quarante heures".

Rare photographie (Daguerréotype) des barricades de juin 1848.

La nouvelle Constitution de novembre 1848 a bien du mal à définir le pouvoir dans ce contexte troublé : doit-il rester collégial ? présidentiel sur le modèle américain ? La première option est celle d’une partie des républicains, qui se méfient des « noms connus », les plus à gauche sont même contre le système représentatif et pour une démocratie semi-directe. Mais une partie influente des Libéraux (Tocqueville, Lamartine) est favorable à une personne forte et solide à la tête de l’Etat, ce qui ne veut pas dire nécessairement un exécutif très fort, mais un exécutif qui puisse résister à une nouvelle révolution. Le compromis passé sera à la fois le suffrage universel (élection de la chambre et du président) et le non renouvellement (impossibilité d’un pouvoir personnel). 
Il va se révéler catastrophique pour la République car Louis-Napoléon, élu démocratiquement à 74% des voix en décembre 1848, n'est pas homme à rester dans l'ombre de la représentation nationale ! Après avoir cru quelques semaines (mais surtout à Paris) à la démocratie "directe", le peuple plébiscite majoritairement le césarisme démocratique...

Faut-il en tirer des leçons ?

 

Le 11 novembre

 

Le 4 septembre

L'ampleur de la crise internationale de juillet 1870 est lente à pénétrer l'ensemble du territoire français. Si la gravité de la situation est comprise à Paris dès le 5 juillet, certaines campagnes sont surprises par la nouvelle de l'éclatement du conflit le 19. II Y a donc une "émotion" perceptible, liée à l'effet de surprise. De la guerre inattendue, on passe fin juillet à l'idée de la guerre "inévitable" et même "nécessaire". Toutefois, la manière dont les Français ont réagi à l'entrée en guerre est l'un des sujets les plus controversés de l'histoire de cette période - la polémique a commencé pendant la guerre, s'est largement poursuivie après: cette guerre est- elle une guerre de l'Empire, étrangère aux attentes nationales ou au contraire déjà une véritable "guerre nationale", face à un danger majeur? La réponse doit être nuancée. A partir du 7 juillet, les Parisiens - notamment dans les milieux populaires s'affichent majoritairement bellicistes, contrairement aux républicains (en porte-à-faux, ils craignent qu'une victoire impériale ne renforce le régime), aux milieux d'affaire, aux monarchistes et aussi aux (rares) marxistes de la Première Internationale. On entend dans les rues: Vive la guerre! Vive la France! A bas la Prusse, avec des références révolutionnaires (on chante La Marseillaise, à nouveau autorisée par le pouvoir !) La déclaration de guerre est vécue sur le mode émotionnel conmne un retour des guerres de la Révolution. C'est l'an II, c'est la patrie en danger. En province, les réactions sont plus mitigées: refus de la guerre dans une douzaine de départements, patriotisme (non belliqueux) dans une quinzaine, les autres étant résignés à l'inévitable, sans enthousiasme. La paix, mais pas à n'importe quel prix, résume bien l'opinion provinciale.  Dans la deuxième moitié de juillet, la mobilisation massive (450 000 hommes) provoque peur, anxiété et surprise, mais peu de refus et même des "manifestations d'enthousiasme" dans les grandes villes. Cela dit, il y a encore très peu de volontaires (4000). L'Est de la France est particulièrement mobilisé, pour des raisons évidentes. On est à l'apogée du sentiment national au début août, lors du premier engagement (victorieux) à Sarrebruck: la popularité de Napoléon rn atteint son dernier sommet historique. Il n'est pas interdit de parler alors - bien avant 1914 - d'une Union Sacrée. Une grande majorité de Français croit trouver la "vraie revanche" contre 1815, ce n'est alors plus la guerre de l'Empire, mais bien celle d'une nation réconciliée contre un ennemi commun, confiante dans ses moyens et dans la victoire.
Les soldats se sont battus avec acharnement (ainsi que les officiers) et les témoignages d'héroïsme et de bravoure ne manquent pas. La défaite est accueillie dans les rangs par des manifestations de désespoir patriotique. L'anxiété et le désespoir sont tout aussi forts dans la population civile, où l'on ne note aucune indifférence au sort des armées nationales; si les efforts de mobilisation générale en août se heurtent à la résistance des campagnes (notamment d'une mobilisation éventuelle des chargés de famille), les engagements son nombreux en août (36000).  La défaite de Sedan, quelques semaines plus tard est inédite: pour la première fois, la nation est vaincue par un seul adversaire, pas par une coalition, et celui qui endosse la responsabilité de la défaite est... un Bonaparte! "Français, un grand malheur frappe la patrie" dit le texte gouvernemental le 3 septembre. Au matin du 4 septembre, le Palais Bourbon est envahi par une foule de parisiens et de gardes nationaux. Au balcon de l’hôtel de ville de Paris, devant la foule réunie, Léon Gambetta et Jules Favre proclament la République, ce que réitère Jules Simon ce même dimanche Place de la Concorde.


Le 4 septembre 1870 constitue une date-clé (défaite et chute de l'Empire), mais est-elle vraiment celle de l'entrée en république ? Qu'est-ce que la République du 4 septembre ? Elle apparaît comme une sorte de "reprise" de 1848, dans le contexte beaucoup plus dramatique de l'effondrement militaire. Le grand spécialiste de la guerre de 1870, François Roth (Fayard, 1990), revient longuement dans son livre sur les spécificités de la révolution du 4 septembre, qui en fait un événement difficilement comparable, en dépit des ressemblances avec février 1848.

  1. la révolution du 4 septembre est non-violente. Le sang ne coule pas, contrairement à 1848. Il ne coulera qu'au moment de la Commune de 1871, qui n'a guère de point commun avec la révolution du 4 septembre.
  2. Tout comme en 1848, la révolution du 4 septembre se fait sans véritable légitimité populaire et démocratique : tout se passe à Paris et le seul ciment politique est celui -unanime - du rejet d'un régime qui a mené à la catastrophe de Sedan. Il n'y aura pas d'élections avant le 8 février 1871, élections libres si l'on veut, dans la mesure où elles sont imposées par Bismarck.
  3. Le gouvernement provisoire -qui prend le nom de Gouvernement de défense nationale est un gouvernement exclusivement parisien, plutôt modéré, avec à sa tête le général Trochu, gouverneur militaire de Paris, où l'on retrouve de vieilles barbes de 48 (Garnier-Pagès, le fils Arago) et un équilibre précaire entre les modérés (Jules ferry) et les plus à gauche (Rochefort, directeur de la Lanterne, alibi socialiste comme l'étaient Flocon et Albert en 48). Mais comme en 48, la classe politique républicaine se méfie de son extrême-gauche.
  4. Le gouvernement, loin de faire dans la prudence diplomatique comme en 1848 (mais le contexte européen n'a évidemment rien à voir), veut majoritairement continuer la guerre. N'aurait-il pas été sage dès le 4 septembre de demander l'armistice et de négocier un paix honorable, à des conditions avantageuses (la France n'aurait- alors probablement perdu que Strasbourg. Le choix de la guerre à outrance - qui est notamment celui du jeune et brillant avocat républicain Gambetta (déjà célèbre par le programme de Belleville en 1869) - est-il le fruit de l'inexpérience ? Ou le fruit d'un patriotisme exacerbé et intransigeant ? Alors, sur quoi se fondent les espoirs d'un Gambetta ?
  5. Le GDF espère des soutiens diplomatiques et militaires extérieurs, que cela soit en Angleterre, en Autriche, en Russie. Thiers, plutôt favorable lui à une solution négociée, est envoyé en mission dans ces pays pour les convaincre d'aider la France contre la Prusse. Mais Thiers est un piètre négociateur, pas plus d'ailleurs que ne l'est le ministre des affaires étrangères, l'avocat Jules Favre, qui rencontre Bismarck le 21 septembre 1870. A la grande surprise de ce dernier, la France pourtant acculée ne veut pas perdre un pouce de territoire.
  6. Gambetta est probablement le seul à y croire jusqu'au bout et à tenter l'impossible. C'est un homme d'action, de défi, plus que de diplomatie. On connaît le célèbre épisode de son départ en ballon de Paris assiège le 9 octobre vers Tours, où il tente d'organiser avec son ami, le protestant Freycinet, la défense nationale.

Tout cela débouche sur un désastre politique. Après un long et terrible siège, Paris capitule et l'armistice est signé le 28 janvier 1871, Gambetta doit lui aussi s'avouer vaincu tandis que la France connaît l'humiliation des troupes prussiennes défilant dans la capitale. On connaît la suite : élections du 8 février 1871 qui mettent au pouvoir un Parti de l'Ordre renaissant (Thiers) , insurrection de la Commune le 18 mars et répression féroce du gouvernement replié à Versailles (le 21-28 mai), signature d'une paix (le 10 mai ) qui ampute la France de l'Alsace et de la Moselle. C'est le début de la guerre civile européenne : la France va préparer sa revanche, se trouver des alliés pour vaincre l'Allemagne et les Empires centraux en 1914-18, l'Allemagne humiliée à Versailles s'abandonne dans les années 1930 à la dictature hitlérienne, dont l'un des buts est d'écraser les anciens ennemis de 14 et d'assservir toute l'Europe. Sans vouloir verser dans l'histoire téléologique, je reste persuadé que la défaite de Sedan du 2 septembre conditionne en partie toute la marche du monde pour le siècle suivant.


 

GALERIE DE PORTRAITS ET DE CITATIONS

"Ceux qui contrôlent le présent contrôlent le passé" G.Orwell, 1984

"Toute histoire qui n'est pas contemporaine est suspecte." Pascal, Pensées.

"Quand le passé n'éclaire plus l'avenir, l'esprit marche dans les ténèbres", Alexis de Tocqueville

"Aucun regret pour le passé

Aucun remords pour le présent

Une confiance inébranlable pour l'avenir"

Jean Jaurès

"L'histoire est d'un genre entièrement différent de toutes les autres connaissances", Saint-Simon

"Ce qui fait le lien entre les hommes, c'est l'Histoire." Régis Debray

"En étudiant les livres, on peut tirer de la science du passé des inductions que l'avenir déjoue, et que le présent ne peut pas toujours justifier". George Sand

L'histoire de la race humaine a été une suite de guerres, de massacres, de pillages, de divisions interminables, d'oppositions mutuelles à un état de paix et de bonheur, une longue période dans laquelle chacun a été en lutte avec tous et tous avec chacun, principe de conduite admirablement calculé pour enfanter le moins de prospérité et le plus de misère possible . " Robert Owen 


Les Revues en ligne

L'Histoire

Histoire@Politique

(politique, culture, société)

Cahiers d’histoire. (Revue d’histoire critique)

Vingtième Siècle. Revue d'histoire

Revue d’histoire du XIXe siècle

Histoire, économie & société

RH19 (revue d'histoire du 19ème)

rhmc (revue d'histoire moderne et contemporaine)

 

BLOGS AMIS

 

 

 



 

 

 

© 2009-2018. Les sites berlemon.net sur la Toile depuis 1998!

NONo No

militons pour un vrai partage du web sans réseaux dits "sociaux" !

hébergement OVH