"Le fond de l'air est frais" (Fred, 1931-2013)
   

 

 

 

 

 

 




Le site de BERTRAND LEMONNIER


LES BILLETS DEPUIS 2008

Le prochain billet sera publié fin octobre

 

Une belle photographie de Brassens à Paris (inversée si l'on en croit la plaque minéralogique) et l'on appréciera aussi la demi-Panhard, qui n'était pas la sienne puisqu'il ne conduisait pas.

 

J'ai laissé de côté la Commune de Paris en déplorant l'absence d'un timbre-poste du 150ème anniversaire. Le chanteur et poète Georges Brassens est mieux reconnu par la philatélie puisqu'il a été "timbrifié" en 1990 avec d'autres artistes populaires (Aristide Bruant, Maurice Chevalier, Tino Rossi, Edith Piaf et Jacques Brel) et il doit l'être à nouveau en cette fin d'année 2021.

Sa notoriété est telle qu'on trouve de nos jours quantité de collèges (et même de lycées) G.Brassens, sans oublier les médiathèques, des places et des rues. Qu'aurait pensé l'auteur de la "Maîtresse d'école" (chanson il est vrai posthume) de cette consécration scolaire ?

Depuis une vingtaine d'années, les manifestations et les expositions se sont multipliées (dont une, remarquable, à la Cité de la Musique en 2011), les rééditions de disques et CD, les reprises de jeunes chanteurs etc. A Sète, sa ville natale, il existe un véritable tourisme qui s'est développé autour de son personnage et l'on peut dire que le sétois Paul Valéry a été largement dépassé par la fréquentation du chanteur populaire. On y retrouve le parcours personnel et artistique de Brassens, de la jeunesse pas très catholique à la consécration des années 1960/70, en passant par le STO, les débuts au cabaret chez Patachou. Dans les petits films (8mm?) tournés par Brassens, on y voit apparaître non sans une certaine émotion ce mode de vie un peu foutraque et anarchiste, d’un inconfort qui fleure (bon ?) le Paris populaire des années 50 ou même encore des années 30.

Dans ce bazar hétéroclite émergent les animaux, les amis (et quels amis! Gibraltar, René Fallet, ah ben non pas Pierre Perret, tiens), Jeanne et son mari - drôle de ménage à trois - et l’amante discrète, la ronde et jolie Pupchen. Le contraste est étonnant avec le Brassens bête de scène au music-hall, toujours impeccable (je l’ai vu , mais oui, sur scène en 1972 à Bobino ! J'avais 13 ans), concentré et suant à grosses gouttes, au jeu de scène réduit à de simples clignements d’œil (ou…de moustache) et des sourires complices. Le public était aux anges, si j'ose dire..

Le génie de Brassens, mort il y a quarante ans (en octobre), est d’avoir séduit plusieurs générations d’auditeurs avec des chansons souvent très complexes (j'ai réécouté un concert à Bobino de 1969 où il chante "les Quatre z’arts", une oeuvre qu'il faut décrypter vers après vers !) mais aussi populaires (la liste est longue d’un répertoire passé maintenant dans le patrimoine), parfois égrillardes ou paillardes dans la meilleure tradition du genre, mais surtout d’une très grande sensibilité. Curieusement, par modestie sans doute face aux « Anciens » (les Villon, Hugo, Verlaine, Apollinaire, dont il a a parfois adapté les textes), Brassens ne se pensait pas et ne se disait pas poète. C’est même de là que vint sa vocation de chanteur. Il se proclamait un « artisan de la chanson » ou un "faiseur de chansons", autodidacte passionné de littérature, ciselant chaque mot, chaque vers afin d’atteindre à une sorte de perfection, ce que montrent bien ses manuscrits préparatoires ("L’orage"), avec cette belle écriture d'écolier appliqué.

A dire vrai, on se fiche bien de ce qu’il pensait être ou ne pas être car son écriture est bien de la poésie et il paraît à peu près certain que parmi toute cette génération exceptionnelle des « chanteurs à textes » apparus dans les années 1950/60 (Ferré, Brel, Barbara, Ferrat, Béart, Aznavour, Gainsbourg et quelques autres.), il est celui qui restera - classiquement indémodable - comme un authentique poète. Cette reconnaissance a d'ailleurs été assez précoce grâce à la collection "Poètes d'aujourd'hui" de Pierre Seghers, dont le numéro 99 lui fut consacré en 1963, ainsi qu'un grand prix de l'Académie française en 1967.

Le talent de Brassens ne fut pas pour autant légitimée par les "spécialistes" autoproclamés de la poésie française. Bien des universitaires, qui célébraient les génies de Verlaine, Mallarmé, Apollinaire ou Rimbaud, ne voyaient en Brassens qu'un auteur très mineur de chansonnettes, certes bien troussées, mais bien incapables de passer le cap d'une véritable "lecture poétique". Toujours une affaire de genres, de catégories et de préjugés sur la "haute culture" et la culture dite de masse ou simplement populaire. Jean Ferrat a pourtant prouvé au début des années 1970 (et Ferré avant lui) qu'un poète comme Aragon pouvait très bien se mettre en musique et qu'il devenait parfois difficile de différencier ses vers de ceux de Ferrat (pourtant plus médiocre versateur). Brassens a lui aussi tenté avec bonheur l'exercice de l'adaptation d'auteurs célèbres tels Villon, Hugo, Aragon ou moins connus voire ignorés comme Paul Fort ou Antoine Pol. Je me souviens qu'au lycée, les professeur(e)s de français refusaient obstinément d'étudier (c'était hors programme !) Brassens, qui n'était certes pas dans le Lagarde & Michard et dont les mots "grossiers" posaient problème. De fait, Rabelais n'existait alors qu'en version expurgée. Les temps ont changé : on étudie désormais Brassens comme une sorte de poète national, tel un Victor Hugo, tandis que Bob Dylan a été intronisé prix Nobel de littérature. Difficile de dire si ces reconnaissances officielles sont de bonnes ou de mauvaises choses pour ces troubadours/poètes un peu en marge.

Peut-être aussi Brassens a t-il su faire passer des idées - le pacifisme et l'antimilitarisme, une certaine forme de libertarisme, un humanisme jovial - sans jamais être lourd et prétentieux. Et les accusations récurrentes de misogynie ne tiennent pas si l'on écoute bien ses chansons ou lorsque l'on connaît son rapport personnel aux femmes (même si les "emmerderesses" tiennent dans quelques chansons le dessus du panier). Personnellement, la seule chanson de Brassens que je n'aime pas est "Les deux Oncles", quoiqu'elle ne doive pas être prise au tout premier degré. Elle est sans doute plus subtile qu'il n'y paraît à la première écoute. Mourir pour des idées ? Non car "aucune idée sur terre est digne d'un trépas". Vraiment ? Je m'interroge encore en pensant aux jeunes résistant(e)s entre 1940 et 1944.

Pourtant, le talent de Brassens est aussi musical. Il a inventé un style aisément reconnaissable, s’affranchissant vite de ses influences revendiquées (Trenet, qu'il connaissait par cœur), tricotant sur sa guitare d’invraisemblables séries d’accords et composant quelques unes des mélodies les plus entêtantes de la chanson du XXème siècle. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si nombre de musiciens de jazz ont repris Brassens, qui a longtemps été accompagné à la guitare par Joel Favreau, au style assez jazz. Il existe un double CD "Brassens Et Le Jazz" , regroupant Giants of Jazz play Brassens (1978) et "Hampton, Salvador, Terry, Moustache jouent Brassens" (1983). L'un des derniers musicien de jazz à avoir interprété Brassens est l’excellent guitariste manouche Christian Escoudé et son Au bois de mon cœur. C.Escoudé (qui joue aussi sur ce disque avec Biréli Lagrène, invité de luxe) a fait vraiment un choix de cœur qui passe par des chansons parfois un peu moins connues ("La princesse et le croque notes", superbe) et par des « incontournables » jazzy tels "Les copains d’abord".

Brassens a aussi la chance d'avoir été beaucoup chanté par d'autres interprètes. Il y eut d'abord Patachou, Barbara, Gréco (des femmes!) et bien d'autres. La nouvelle génération des chanteurs à texte qui ont émergé dans les années 1970/80 ont aussi pris Brassens pour modèle et référence, jusqu'à enregistrer (et jouer sur scène) - tel Maxime Le Forestier - toutes ses chansons et reprenant même des titres oubliés ou non enregistrés. "Brassens, c'est 170 chansons parfaites, il n'y a rien à jeter" nous dit Le Forestier en admirateur et passeur talentueux du poète. Mais on peut aussi citer le "Renaud chante Brassens" en 1996, avec ce clip très réussi qui revisite "Porte des Lilas" de René Clair (1957). Il a été aussi traduit dans de nombreuses langues (même régionales) et beaucoup chanté hors de nos frontières. "Paco Ibáñez canta Brassens" est un classique du genre et Paco est vraiment à l'unisson de Georges. La liste est longue et même très impressionnante des reprises et traductions de Brassens dans des dizaines de pays (https://www.espace-brassens.fr/reprises-georges-brassens.html).


"Vous envierez un peu l'éternel estivant
Qui fait du pédalo sur la plage en rêvant
Qui passe sa mort en vacances"

Brassens

 

 

 

 



Sur la Commune et ses commémorations: six articles inédits.



La covid19 n'a pas dit son dernier mot et elle n'a pas fini de bouleverser l'histoire du monde...On pourra donc (re)lire mon billet consacré aux grandes pandémies du XXème siècle (grippe espagnole, grippe de Hong-Kong) et réactualisé (malheureusement...) en 2021.


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