"Le fond de l'air est frais" (Fred, 1931-2013)
   

 

 

 

 

 

 




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LES BILLETS DEPUIS 2008

Le prochain billet sera publié fin novembre

 

Une belle photographie de Brassens à Paris (inversée si l'on en croit la plaque minéralogique) et l'on appréciera aussi la demi-Panhard, qui n'était pas la sienne puisqu'il ne conduisait pas.

BRASSENS, né le 22 octobre 1921 et mort le 29 octobre 1981

J'ai laissé de côté la Commune de Paris, tout en déplorant l'absence d'un timbre-poste du 150ème anniversaire. Le chanteur et poète Georges Brassens est mieux reconnu par la philatélie puisqu'il a été "timbrifié" en 1990 avec d'autres artistes populaires (Aristide Bruant, Maurice Chevalier, Tino Rossi, Edith Piaf et Jacques Brel) et il doit l'être à nouveau en cette fin d'année 2021, en rapport avec le centenaire de sa naissance.

Sa notoriété est telle qu'on trouve de nos jours quantité de collèges (et même de lycées, ainsi à Courcouronnes, Neuchâtel en Bray, Rive de Gier, Paris 19ème...) Georges-Brassens, sans oublier les médiathèques, des places et des rues...et impasses ! Qu'aurait pensé l'auteur de la "Maîtresse d'école" (chanson il est vrai posthume) de cette consécration scolaire ?

Depuis une vingtaine d'années, les manifestations et les expositions se sont multipliées (dont une, remarquable, à la Cité de la Musique en 2011), les rééditions de disques vinyles et de CD, les reprises de jeunes chanteurs etc. Le Hall de la Chanson dans le Parc de la Villette (Paris) organise en octobre (2021) toute une série de spectacles et manifestations. A Sète, sa ville natale, il existe un véritable tourisme qui s'est développé autour de son personnage et l'on peut dire que le sétois Paul Valéry (1871-1945) a été largement occulté par la popularité du chanteur. On y retrouve le parcours personnel et artistique de Brassens, de la jeunesse pas très catholique à la consécration des années 1960/70, en passant par le STO, les débuts au cabaret chez Patachou. Dans les petits films (8mm?) tournés par Brassens, on y voit apparaître non sans une certaine émotion ce mode de vie un peu foutraque et anarchiste, d’un inconfort qui fleure (bon ?) le Paris populaire des années 50 ou même encore des années 30. Dans ce bazar hétéroclite qui compose la vie de Brassens émergent les animaux, les amis (et quels amis! Gibraltar, René Fallet, ah ben non pas Pierre Perret, tiens), Jeanne et son mari - drôle de ménage à trois - et la compagne discrète, la ronde et jolie Pupchen.

Originaire de Sète également, l'artiste Robert Combas a transféré quelques unes de ses toiles au musée Paul Valéry voisin, qui accueille à partir du 8 octobre jusqu'à fin décembre sa nouvelle exposition, "Robert Combas chante Sète et Brassens", à l'occasion du centenaire de la naissance du poète. Combas a réuni sept œuvres (sur quinze) déjà montrées en 1992, lors de l'exposition "La Mauvaise Réputation" et il a dessiné pour l'occasion neuf nouveaux portraits, qui ont illustré un coffret de dix vinyles reprenant l'intégrale Brassens. Combas est un "enfant du rock" (il l'a montré dans ses toiles, ainsi l'exposition "Greatest Hits" en 2012) mais il n'oublie jamais sa passion pour Brassens. Notons tout de même qu'il est possible de s'offrir aussi pour 30 euros (seulement !) l'intégrale des 14 albums originaux.

Le génie de Brassens, mort il y a quarante ans (en octobre), est d’avoir séduit plusieurs générations d’auditeurs avec des chansons souvent très complexes (j'ai réécouté un concert à Bobino de 1969 où il chante "les Quatre z’arts", une oeuvre qu'il faut décrypter vers après vers !) mais aussi populaires (la liste est longue d’un répertoire passé maintenant dans le patrimoine), parfois égrillardes ou paillardes dans la meilleure tradition du genre, mais surtout d’une très grande sensibilité. Curieusement, par modestie sans doute face aux « Anciens » (les Villon, Hugo, Verlaine, Apollinaire, dont il a a parfois adapté les textes), Brassens ne se pensait pas et ne se disait pas poète. C’est même de là que vint sa vocation de chanteur. Il se proclamait un « artisan de la chanson » ou un "faiseur de chansons", autodidacte passionné de littérature, ciselant chaque mot, chaque vers afin d’atteindre à une sorte de perfection, ce que montrent bien ses manuscrits préparatoires ("L’orage"), avec cette belle écriture d'écolier appliqué.

A dire vrai, on se fiche bien de ce qu’il pensait être ou ne pas être car son écriture est bien de la poésie et il paraît à peu près certain que parmi toute cette génération exceptionnelle des « chanteurs à textes » apparus dans les années 1950/60 (Ferré, Brel, Barbara, Ferrat, Béart, Aznavour, Gainsbourg et quelques autres.), il est celui qui restera - classiquement indémodable - comme un authentique poète. Cette reconnaissance a d'ailleurs été assez précoce grâce à la collection "Poètes d'aujourd'hui" de Pierre Seghers, dont le numéro 99 lui fut consacré en 1963, ainsi qu'un grand prix de l'Académie française en 1967.

Le talent de Brassens ne fut pas pour autant légitimée par les "spécialistes" autoproclamés de la poésie française. Bien des universitaires, qui célébraient les génies de Verlaine, Mallarmé, Apollinaire ou Rimbaud, ne voyaient en Brassens qu'un auteur très mineur de chansonnettes, certes bien troussées, mais bien incapables de passer le cap d'une véritable "lecture poétique". Toujours une affaire de genres, de catégories et de préjugés sur la "haute culture" et la culture dite de masse ou simplement populaire. Jean Ferrat a pourtant prouvé au début des années 1970 (et Ferré avant lui) qu'un poète comme Aragon pouvait très bien se mettre en musique et qu'il devenait parfois difficile de différencier ses vers de ceux de Ferrat (pourtant plus médiocre versateur). Brassens a lui aussi tenté avec bonheur l'exercice de l'adaptation d'auteurs célèbres tels Villon, Hugo, Aragon ou moins connus voire ignorés comme Paul Fort ou Antoine Pol. Je me souviens qu'au lycée, les professeur(e)s de français refusaient obstinément d'étudier (c'était hors programme !) Brassens, qui n'était certes pas dans le Lagarde & Michard et dont les mots "grossiers" posaient problème. De fait, Rabelais n'existait alors qu'en version expurgée. Les temps ont changé : on étudie désormais Brassens comme une sorte de poète national, tel un Victor Hugo, tandis que Bob Dylan a été intronisé prix Nobel de littérature. Difficile de dire si ces reconnaissances officielles sont de bonnes ou de mauvaises choses pour ces troubadours/poètes un peu en marge.

Peut-être aussi Brassens a t-il su faire passer des idées - le pacifisme et l'antimilitarisme, une certaine forme de libertarisme, un humanisme jovial - sans jamais être lourd et prétentieux. Et les accusations récurrentes de misogynie ne tiennent pas si l'on écoute bien ses chansons ou lorsque l'on connaît son rapport personnel aux femmes (même si les "emmerderesses" tiennent dans quelques chansons le dessus du panier). Personnellement, la seule chanson de Brassens que je n'aime pas est "Les deux Oncles", quoiqu'elle ne doive pas être prise au tout premier degré. Elle est sans doute plus subtile qu'il n'y paraît à la première écoute. Mourir pour des idées ? Non, jamais car "aucune idée sur terre est digne d'un trépas". Vraiment ? Je m'interroge encore en pensant aux jeunes résistant.e.s entre 1940 et 1944.

Pourtant, le talent de Brassens était aussi scénique et musical. Brassens fut une "bête de scène" de music-hall, au sens propre du terme : massif, toujours impeccable, concentré et suant à grosses gouttes, au jeu de scène réduit à de simples clignements d’œil (ou…de moustache) et des sourires complices, soutenu avec brio par le fidèle Pierre Nicolas à la contrebasse. Le public était aux anges, si j'ose dire.. (je l’ai vu , mais oui, sur scène en 1972 à Bobino ! J'avais 13 ans, probablement l'un de mes premiers concerts). Il a inventé un style aisément reconnaissable, s’affranchissant vite de ses influences revendiquées (Trenet, qu'il connaissait par cœur), tricotant sur sa guitare d’invraisemblables séries d’accords et composant quelques unes des mélodies les plus entêtantes de la chanson du XXème siècle. Yves Richard, dans "L'Art musical de Brassen" (L'Harmattan) a bien mis l'accent sur le travail mélodique et harmonique du compositeur, beaucoup plus sophistiqué qu'il n'y parait à la première écoute. La contrebassiste et violoniste Pauline Dupuy est probablement l'une des interprètes les plus sensibles de Brassens, à travers le groupe Contrebrassens et ses albums "A l'ombre du coeur", et récemment le très réussi "Pensées interlopes".

Ce n’est aussi pas un hasard si nombre de musiciens de jazz ont repris Brassens, qui a longtemps été accompagné à la guitare par Joel Favreau, au style assez jazz. Il existe un double CD "Brassens Et Le Jazz" , regroupant "Giants of Jazz play Brassens" (1978) et "Hampton, Salvador, Terry, Moustache jouent Brassens" (1983). L'un des derniers musicien de jazz à avoir interprété Brassens est l’excellent guitariste manouche Christian Escoudé et son Au bois de mon cœur. C.Escoudé (qui joue aussi sur ce disque avec Biréli Lagrène, invité de luxe) a fait vraiment un choix de cœur qui passe par des chansons parfois un peu moins connues ("La princesse et le croque notes", superbe) et par des « incontournables » jazzy tels "Les copains d’abord".

Brassens a aussi la chance d'avoir été beaucoup chanté par d'autres interprètes. Il y eut d'abord Patachou, Barbara, Gréco, Cora Vaucaire, Nina Simone (des femmes!) et bien d'autres. La nouvelle génération des auteurs/compositeurs/interprètes qui ont émergé dans les années 1970/80 ont aussi pris Brassens pour modèle et référence, jusqu'à enregistrer (et jouer sur scène) - tel Maxime Le Forestier - toutes ses chansons et reprenant même des titres oubliés ou non enregistrés. "Brassens, c'est 170 chansons parfaites, il n'y a rien à jeter" nous dit Le Forestier en admirateur et passeur talentueux du poète. Mais on peut aussi citer le "Renaud chante Brassens" en 1996, avec le clip très réussi qui revisite "Porte des Lilas" de René Clair (1957). A l'occasion du centenaire, François Morel - un inconditionnel - a imaginé avec Yolande Moreau une série de libres adaptations intitulées "Brassens dans le texte", réunies dans un album à la pochette surréaliste et reprises aussi dans un spectacle (donné à Sète le 22 octobre). Le duo Morel/Moreau propose des textes de Brassens en partie récités sur un fond musical, en partie chantés, pour bien montrer aussi que la poésie peut aussi bien être lue que chantée (ou les deux à la fois). Je pense toutefois que seule la scène peut donner à cette entreprise tout son intérêt - il faut voir Yolande Moreau ! - car son écoute seule reste assez décevante voire inutile. Le duo Morel/Moreau n'est d'ailleurs pas le seul à dire, chanter ou jouer Brassens en cette année riche en événements, ainsi le projet "L’Auvergnat chante Brassens à La Coopérative de mai" (La Coopérative de mai-Flower Coast aux Trois-Baudets le 28 octobre).

Notons que Brassens a été aussi traduit dans de nombreuses langues (même régionales), ce que l'on ignore parfois et il a été beaucoup chanté hors de nos frontières. "Paco Ibáñez canta Brassens" est un classique du genre et Paco est vraiment à l'unisson de Georges. Autre classique, la traduction en anglais de Brassens par le franco-américain Pierre de Gaillande (son album "Bad reputation" date de 2010), lequel a donné plusieurs concerts en octobre en région parisienne. La liste est longue et même très impressionnante des reprises et traductions de Brassens dans des dizaines de pays (https://www.espace-brassens.fr/reprises-georges-brassens.html).

Un esperanto Brassens à venir ? Une internationale Brassens ? De toute évidence, la poésie comme la chanson n'ont pas de frontières.


"Vous envierez un peu l'éternel estivant
Qui fait du pédalo sur la plage en rêvant
Qui passe sa mort en vacances"

Brassens

 

Maxime Le Forestier chante Brassens

 

Renaud chante Brassens

 

Moreau/Morel chantent Brassens

 

Contrebrassens

 



Sur la Commune et ses commémorations: six articles inédits.



La covid19 n'a pas dit son dernier mot et elle n'a pas fini de bouleverser l'histoire du monde...On pourra donc (re)lire mon billet consacré aux grandes pandémies du XXème siècle (grippe espagnole, grippe de Hong-Kong) et réactualisé (malheureusement...) en 2021.


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