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de BERTRAND LEMONNIER

 

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Le clivage droite gauche obsolète ?

"Mes présidents" : petit essai d'egohistoire (1959-2017)

La philatélie présidentielle

Les élections de décembre 1848

C'est l'histoire d'un mec Coluche président


PHOTOGRAPHIES

 

Huiles sur toile (1994-2017)

 

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13 novembre 2015-13 NOVEMBRE 2017

 

 

 


LES BILLETS DEPUIS 2008

Le 11 novembre*, en l'attente du centenaire

(Lire notre analyse sur la Grande Guerre dans la philatélie française)

Extraits de la séance parlementaire du 11 novembre 1918

M. le président du conseil (Clemenceau) Messieurs, je cherche vainement ce qu’en une pareille heure, après cette lecture devant la Chambre des représentants français, je pourrais ajouter. Je vous dirai seulement que, dans un document allemand et dont, par conséquent, je n’ai pas à donner lecture à cette tribune en ce moment, document qui contient une protestation contre les rigueurs de l’armistice, les signataires dont je viens de vous donner les noms reconnaissent que la discussion a été conduite dans un grand esprit de conciliation.
Pour moi, la convention d’armistice lue, il me semble qu’à cette heure, en cette heure terrible, grande et magnifique, mon devoir est accompli.
Un mot seulement. Au nom du peuple français, au nom du Gouvernement de la République française, j’envoie le salut de la France une et indivisible à l’Alsace et la Lorraine retrouvées. (Vives et unanimes acclamations. –Tous les députés se lèvent et applaudissent longuement.)
M. Petitjean. Vive l’Alsace-Lorraine française !
M. Lazare Weiller. Au nom des deux seuls Alsaciens et de nos chers collègues lorrains de cette Chambre, ma poitrine gonflée de joie a besoin de crier    "Vive Clemenceau !"
M. le président du conseil. Et puis, honneur à nos grands morts, qui nous ont fait cette victoire. (Nouvelles acclamations unanimes. –Tous les députés se lèvent.) Par eux, nous pouvons dire qu’avant tout armistice, la France a été libérée par la puissance des armes. (Applaudissements unanimes et répétés.)
M. Petitjean. Vive la victoire !
M. le président du conseil. Quant aux vivants, vers qui, dès ce jour, nous tendons la main et que nous accueillerons, quand ils passeront sur nos boulevards, en route vers l’Arc de Triomphe, qu’ils soient salués d’avance ! Nous les attendons pour la grande œuvre de reconstruction sociale. (Vifs applaudissements.) Grâce à eux, la France, hier soldat de Dieu, aujourd’hui soldat de l’humanité, sera toujours le soldat de l’idéal ! (Applaudissements enthousiastes. –MM. Les députés se lèvent et acclament longuement M. le président du conseil.)
M. le président (Paul Deschanel). La voilà donc enfin, l’heure bénie pour laquelle nous vivions depuis quarante-sept ans ! –quarante-sept ans pendant lesquels n’a cessé de retentir en nos âmes le cri de douleur et de révolte de Gambetta, de Jules Grosjean, de Keller et des députés d’Alsace-Lorraine, celui de Victor Hugo, d’Edgar Quinet et de Georges Clemenceau (vifs applaudissements) quarante-sept ans, pendant lesquels l’Alsace-Lorraine bâillonnée n’a cessé de crier vers la France ! Un demi-siècle ! et demain, nous serons à Strasbourg et à Metz ! Nulle parole humaine ne peut égaler ce bonheur ! (Applaudissements unanimes et prolongés.)
Provinces encore plus tendrement aimées parce que vous fûtes plus misérables, chair de notre chair, grâce, force et honneur de notre Patrie, un barbare ennemi voulait faire de vous le signe de sa conquête, non vous êtes le gage sacré de notre unité nationale et de notre unité morale, car toute notre histoire resplendit en vous ! (Très bien ! très bien !) Oui, c’est toute la France, la France de tous les temps, notre ancienne France comme celle de la Révolution et de la République triomphante, qui, respectueuse de vos traditions, de vos coutumes, de vos libertés, de vos croyances, vous rapporte toute sa gloire ! (Acclamations unanimes. –MM. Les députés se lèvent.)
Et maintenant, Français, inclinons-nous pieusement devant les artisans magnifiques du grand œuvre de justice, ceux de 1870 et ceux de 1914. Ceux de 1870 sauvèrent –non l’honneur, certes : l’honneur était sauf, j’en atteste les mânes des héros de Reichshoffen, de Gravelotte, de Saint-Privat, de Beaumont, Beaumont où les fils de compagnons de La Fayette viennent de venger Sedan (Vifs applaudissements répétés.)–mais ils sauvèrent l’avenir. Leur résistance a préparé nos victoires.
Et vous, combattants sublimes de la grande guerre, Français et alliés, votre courage surhumain a fait de l’Alsace-Lorraine, aux yeux de l’univers, la personnification même du droit (Applaudissements prolongés –MM. Les députés se lèvent) ; le retour de nos frères exilés n’est pas seulement la revanche nationale, c’est l’apaisement de la conscience humaine (Vives acclamations) et le présage d’un ordre plus haut. (Acclamations unanimes. –Tous les députés se lèvent et applaudissement longuement.)
M. Albert Thomas. Je demande la parole.
M. le président. La parole est à M. Albert Thomas.
M. Albert Thomas. Nous demandons que les députés d’Alsace-Lorraine qui sont présents dans cette salle aient les honneurs de la séance. (vifs applaudissements. –MM. Les députés se lèvent et acclament MM. l’abbé Wetterlé et Weil, députés d’Alsace-Lorraine, qui se trouvent dans une tribune.)

Mais il faut attendre quatre ans pour qu'une loi fixe l'anniversaire de l'Armistice comme fête nationale :

JOURNAL OFFICIEL DE LA REPUBLIQUE FRANCAISE
Loi fixant au 11 novembre la commémoration de la victoire et de la paix
Le Sénat et la Chambre des députés ont adopté,
Le Président de la République promulgue la loi dont la teneur suit :
Art. 1er. – La république française célèbre annuellement la commémoration de la victoire et de la Paix.
Art. 2. – Cette fête sera célébrée le 11 novembre, jour anniversaire de l’armistice. Le 11 novembre sera jour férié.
Art. 3. – La loi du 13 juillet 1905 concernant les fêtes légales ne sera pas applicable à la fête du 11 novembre.
Art. 4. – La loi du 9 novembre 1921 est abrogée.
La présente loi, délibérée et adoptée par le Sénat et la Chambre des députés, sera exécutée comme loi de l’Etat.
Fait à Paris, le 24 octobre 1922.

Comme le souligne très bien Rémi Dalisson dans son bel ouvrage Célébrer la Nation (Nouveau Monde édition 2009, page 295), la loi de 1922 est un compromis original qui crée un modèle original. Il n'y a en effet pas de défilé militaire, mais des drapeaux en berne ; la solidarité de la Nation se construit avec les morts (on lit la liste dans chaque commune devant le monument aux morts, avec minute de silence, sonneries et quêtes). La "fête" du 11 novembre n'est en rien festive : il n'y a aucune réjouissance, on célèbre la paix des cimetières et non la victoire, on ranime la flamme du soldat inconnu dont les restes ont été déposés sous l'Arc de triomphe le 11 novembre 1920. La République s'efface devant les morts et laisse les apologies patriotiques à la fête de Jeanne d'Arc ou bien à celle du 14 juillet. Jour férié et chômé, que ne régit pas la loi de 1905, le 11 novembre est tout à la fois laïc et religieux, mélangeant la la liturgie des combattants, les hommages des écoles et des élus aux messes et service funèbres, parfois au son des cloches.

Quelques jours après le vote de la loi et avant la cérémonie du 11 novembre, on pouvait ainsi lire cette adresse des anciens combattants et mutilés du Loiret :

Fête nationale du 11 Novembre Appel au Peuple
Citoyens!
Les Hommes de la Guerre veulent célébrer le 11 novembre. Le 11 novembre 1918 marque la fin de la plus épouvantable tuerie qui ait désolé le monde moderne. Pendant cinquante-deux mois, des peuples entiers se sont affrontés sur d'immenses champs de bataille. Quarante millions d'hommes se sont battus. Six millions ont été tués. Quinze millions ont été blessés. Des régions populeuses et riches ont été ravagées; il faudra un quart de siècle pour les ramener à la vie.
C'est l'Allemagne qui portera devant l'histoire la responsabilité du sang versé et des ruines accumulées. C'est l'Allemagne impérialiste, pangermaniste et militariste qui a voulu cette guerre, qui l'a déclarée et qui l'a poursuivie par les moyens les plus criminels.
La France républicaine et pacifique s'est battue pour la justice, pour la liberté, pour le droit. Les Hommes de la guerre se sont battus contre l'impérialisme, contre le militarisme: ILS ONT FAIT LA GUERRE À LA GUERRE. Sept millions et demi de Français ont porté leur vie sur les champs de bataille! UN MILLION CINQ CENT MILLE SONT MORTS! Un million sont incurablement mutilés! Huit cent mille enfants n'ont plus de père! Sept cent mille femmes n'ont plus de mari!

Citoyens!
Les Hommes de la Guerre veulent que LEUR VICTOIRE consacre l'ÉCRASEMENT DE LA GUERRE!
Ils veulent que l'Allemagne coupable paye la guerre qu'elle a déchaînée!
Ils veulent que la France victorieuse demeure la Patrie du Droit et le Soldat de la Paix.
Ils veulent qu'à l'anarchie entre les peuples soit substitué le règne du droit entre les nations.
Hommes de la Guerre, en mémoire des luttes géantes que nous avons soutenues; au nom de nos frères morts, nous sommes les serviteurs pacifiques de la SOCIÉTÉ DES NATIONS.
Citoyens!
Avec les Hommes de la Guerre, soyez les Hommes de la Paix. Le 11 novembre, jour de la Victoire, jour de nos souvenirs,
jour de nos deuils, jour de nos espoirs, avec nous sachez vouloir d'un seul cœur:
Liberté, Justice, Paix entre les citoyens!
Justice pour la France! Paix dans le Monde! »

La variété des 30 000 (?) monuments aux morts est infinie (lire les Lieux de mémoire de P.Nora, Tome I, chapitre 2), avec une certaine tolérance à la fois dans les styles architecturaux et dans les thématiques ("Maudite soit la guerre", "hommage aux héros de l'armée noire" etc.). Les plaques commémoratives se trouvent également dans les établissements publics, ainsi dans les lycées.

(monument aux morts de Broglie, Eure)

Hall du Lycée Louis-le-Grand dans les années 1950 et ses plaques commémoratives.

Depuis quelques années, un débat s'est engagé sur le maintien de ce jour férié. En 2008, la commission Kaspi (du nom de l'historien) a conseillé d'alléger le calendrier à trois commémorations annuelles seulement mais elle a conservé le 11 novembre ainsi que le 8 mai (victoire de 1945) et bien sûr le 14 juillet (fête nationale). À défaut de «poilus» aujourd'hui tous disparus, les cérémonies réunissent désormais devant les monuments aux morts des vétérans des autres guerres, la Seconde Guerre mondiale et même les guerres d'Indochine et d'Algérie. De plus, la commémoration franco-allemande du 11 novembre 2009 - le président et la chancelière devant la tombe du soldat inconnu - a marqué un tournant symbolique et un pas de plus vers la réconciliation mémorielle (la réconciliation historique est déjà actée!). Après un débat relativement serein - seuls les communistes ont voté contre -, l'Assemblée a adopté le 20 février 2012 une loi instaurant le 11-Novembre, jour de l'armistice de 1918, comme une journée "en hommage à tous les morts pour la France". Il n'en reste pas moins que la République n'en finit pas de faire un usage politique des mémoires commémoratives. En effet, tous les soldats morts en opération dans l'année civile - et il y en a en Afrique ou au Moyen-Orient - sont désormais associés au 11 novembre.
Il se pose enfin la question (très française) de la "commémoration scolaire". Dès 1922, les ministres s'inquiètent de la rupture que ce 11 novembre introduit dans le travail scolaire, d'autant que "le niveau baisse" depuis la fin de la Grande Guerre. On lira à ce sujet l'article très documenté de Brigitte Dancel (ENSEIGNER L'HISTOIRE DE LA GRANDE GUERRE ET COMMÉMORER L'ARMISTICE DU 11 NOVEMBRE À L'ÉCOLE PRIMAIRE) qui analyse parfaitement les diverses instrumentalisations politiques du 11 novembre en matière scolaire. Les documents publiés ci-dessous sont tirés de son étude.

Le Manuel Hachette 1932, dans la droite ligne de 1918

Manuel sous Vichy (1941), un "1918" sans 11 novembre, qui annonce de "graves dangers", ceux qui ont amené la défaite de 1940.

A partir de de la Libération, la perspective mémorielle inclut les deux guerres mondiales, avec un rapprochement entre le 11 novembre 1918 et le 11 novembre 1940, désormais considéré comme l'un des premiers grand actes de la résistance intérieure (lire à ce propos l'article très documenté d'Alain Monchablon dans Vingtième siècle, No 110, 2011-2012, qui montre notamment la récupération communiste de l'événement à la Libération et la "vérité des archives" somme toute très récente sur cet événément fondateur de l'esprit de résistance). Pourtant, ce singulier 11 novembre 1940 va progressivement disparaître de la mémoire scolaire.

Manuel Belin 1947

Il faut attendre les années 2000 pour que le 11 novembre soit envisagé dans les manuels de façon plus historiographique, avec les nouvelles problématiques culturelles de l'histoire et de la mémoire, ainsi que l'inclusion des mémoires souillées (ainsi les fusillés pour l'exemple, les mutins de 1917), des mémoires meurtries (les gueules cassées) et des mémoires indigènes (les coloniaux).

Post-scriptum : En travaillant un peu sur cette période, j'ai mis à jour les cahiers de collège/lycée de mon grand-père paternel. Trop jeune pour aller sur le front, il fit partie de cette génération, née en 1902 dans la prospérité de la Belle Epoque qui a été fortement marquée par la guerre (lire le travail magistral de Stéphane Audoin-Rouzeau, La guerre des enfants 1914-1918. Essai d’histoire culturelle, Paris : Colin, 1993). Celui-ci a vécu le conflit à sa manière, en écrivant et en dessinant lorsqu'il était collégien au lycée Montaigne.

Cette belle série de croquis mérite assurément d'être montrée (à noter que mon grand-père deviendra...pharmacien, ce qu'annoncent peut-être les dernières images).

 

* En l'attente d'un article sur les Jeux Olympiques qui paraîtra fin novembre sur cette même page, j'ai repris ce mois-ci l'essentiel d'un billet déjà paru en 2011.


 

 



 

 

 

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