LA COMMUNE DE PARIS PARTIE 4

(la semaine sanglante)

Sauf des mouchards et des gendarmes,
On ne voit plus par les chemins,
Que des vieillards tristes en larmes,
Des veuves et des orphelins.
Paris suinte la misère,
Les heureux mêmes sont tremblant.
La mode est aux conseils de guerre,
Et les pavés sont tous sanglants.

Oui mais !
Ça branle dans le manche,
Les mauvais jours finiront.
Et gare ! à la revanche,
Quand tous les pauvres s’y mettront.
Quand tous les pauvres s’y mettront. (...)

On traque, on enchaîne, on fusille
Tout ceux qu’on ramasse au hasard.
La mère à côté de sa fille,
L’enfant dans les bras du vieillard.
Les châtiments du drapeau rouge
Sont remplacés par la terreur
De tous les chenapans de bouges,
Valets de rois et d’empereurs...(...)

Paroles de Jean-Baptiste Clément sur l'air du Chant des Paysans de Pierre Dupont.
    (Cette chanson a été écrite en juin 1871)

Le 21 mai, les Versaillais, prévenus par un piqueur de la ville de Paris que la porte du Point-du-Jour est dégarnie, pénètrent dans la capitale endormie. Suit une « semaine sanglante » de combats acharnés, jusqu’au 28 mai, au cours de laquelle ils entreprennent de reprendre la ville où se dressent plus de 500 barricades. En réalité le "second siège de Paris" a débuté dès le début du mois d'avril mais il prend une forme réellement offensive qu'entre le 20 et le 28 mai. Dans Paris assiégé, les affiches demeurent le seul véritable lien avec une population soit terrorisée soit galvanisée par la défense acharnée de la capitale. (ci-dessous des affiches du 23 et du 25 mai)

coll.part.

À la fusillade des 424 fédérés au parc Monceau et à Montmartre, les insurgés répliquent par l’exécution de 52 otages, rue Haxo. Avant de capituler, le 28 mai — les derniers combats ont lieu au Père-Lachaise —, les communards brûlent plusieurs édifices publics (Tuileries, Hôtel de Ville, Cour des comptes, Conseil d’État, ministère des Finances). La "semaine sanglante" atteste par sa brutalité que les civils sont bien devenus des cibles militaires, augurant là bien des évolutions du XXème et XXIème siècles. Cette semaine tragique demeure du reste un épisode dont on peine à faire le bilan exact. On connaît bien le nombre de victimes côté versaillais (1364 en comptant les exécutions), le nombre de communards prisonniers (43 522) et de condamnations (10 137, 93 à mort dont 23 réellement exécutés, 4586 au bagne, 7 500 à la déportation) mais par respect des martyrs, on n’a jamais osé contester le nombre de victimes ou le sens de la répression versaillaise du mois de mai. Robert Tombs estime qu'elle a fait 10 000 victimes (Mac Mahon en avouait 17 000, Rougerie en estimait lui 30 000, ce qui paraît probablement trop élevé). R.Tombs montre que les massacres ne sont pas imputables à la férocité de soldats paysans alcooliques et détestant la ville, mais que la responsabilité en revient entièrement à des chefs militaires bonapartistes et royalistes pour la plupart, qui voient dans le Paris insurgé le repaire des classes dangereuses, qu’il faut purger radicalement. L'historien britannique y développe aussi une analyse intéressante sur les logiques de la violence politique en France. Mais pour lui « La réalité eut peu de rapports avec les discours parlementaires de Thiers [pour justifier le massacre auprès des Républicains] La répression fut atroce et démesurée ". Elle laissera un souvenir durable dans la mémoire collective.



plan d'époque du "second siège de Paris". Gallica, BN


L’Hôtel de Ville après l’incendie du 24 mai. Tirage albuminé d’époque (9,3x12,5cm). Signature « P » en bas à droite. Cliché très proche de ceux de Ch.Marville. coll.part.

En ce qui concerne le courrier et le trafic postal, nous avons vu dans la partie 3 qu'un système parallèle s'était mis en place afin de contourner le blocus (agences privées, passeurs, postes restantes en banlieue etc.), tandis que des timbres-poste étaient à nouveau facilement disponibles. En réalité, l'essentiel du courrier vers la province et l'étranger part des bureaux de poste situés en banlieue proche, tels Saint-Denis au nord, Vincennes et Saint-Mandé à l'est, Versailles et Saint-Germain à l'ouest.

Comme en avril, les lettres de Paris sont acheminées par des passeurs ou des agences spécialisées, tandis que certaines entreprises et des particuliers ouvrent des postes restantes en banlieue ou disposent de succursales.

Lettre pour Paris GC 2046 affranchie avec un Empire 20centimes lauré. Cachet T 17 LILLE (57) 13 MAI 1871
La lettre ne pouvant entrer dans Paris a été détournée en Poste Restante à Saint-Mandé. coll.part.

Lettre de Versailles (cachet du 4 mai 1971) pour Bruxelles. PD rouge. Arrivée Bruxelles le 5 mai. La lettre a été écrite à Paris et elle a été postée à Versailles par un passeur nommé « Monsieur Breguet boulevard la reine 105 à Versailles », « pour remettre à Monsieur Bonin ». coll.part.

Pli affranchi à Versailles le 25 mai pendant la semaine sanglante pour le Doubs, taxé en raison d'un "affranchissement insuffisant".coll.part.

A partir du 20 mai et pendant la semaine sanglante du 22 au 29 mai 1871, le courrier est très rare dans la capitale. Les lettres de Paris pour Paris sont souvent sans timbres et/ou avec des oblitérations de fortune.

Lettre locale de PARIS POUR PARIS le 20 mai 1871 avec défaut d’affranchissement à 10 cts. Taxe 15 (15cts) au tampon du Bureau central. coll.part.

coll.part.

Le trafic postal reprend à partir du 30 mai 1871 mais certaines lettres partent dès le 26 et le 27 mai, on ne sait trop comment et elles étonnent toujours le collectionneur.

Lettre au départ de Paris le 26 mai 1871 (en pleine semaine sanglante) à destination d’Arcachon. Cachet ambulant au dos et cachet d’arrivée Arcachon le 28 mai 1871. La date du 26 mai est extrêmement rare, avant la reprise partielle du service (le 27 mai). coll.part.

Lettre de Paris pour Besancon le 27 mai 1871 en Port Payé (P.P.) pendant la semaine sanglante. coll.part.

Lettre au départ de Paris du 29 mai 1871 (fin de la semaine sanglante) à destination de Tours (arrivée au verso cachet Tours le même jour). Le 29 mai, le blocus postal est toujours en vigueur. La lettre est sortie de Paris par passeur et donnée directement aux ambulants (cachet ambulant « Paris à Bordeaux » et losange des ambulants). coll.part.

Les lettres écrites fin mai par des particuliers témoignent parfois de l'horreur des combats. Les textes sont souvent poignants, d'où l'intérêt (malgré la fragilité des vieux papiers et ici les ravages de l'humidité) de toujours déchiffrer le contenu des lettres envoyées pendant la Commune.


coll.part.

Le 30 mai, le trafic postal reprend à Paris intra-muros et aussi vers la province. C'est en revanche un peu plus long de province vers Paris.

Lettre de Paris (oblitération Etoile 26 gare du Nord) pour Paris affranchie à 10cts (toujours le timbre Napoléon III lauré en circulation!). La lettre est datée du 30 mai 1871, avec la reprise progressive du service postal. Notons que les timbres de l'Empire ont largement circulé pendant le siège et la Commune et ils ne sont pas démonétisés par la République (contrairement au timbres de Vichy par exemple en 1945). coll.part.


copyright. Bertrand Lemonnier mai 1871

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